La manifestation Shame de dimanche : les raisons de la mobilisation


anniebannie : on ne parle jamais des germanophones

Des jeunes des deux Communautés appellent à manifester le 23 janvier. Au même titre qu’un collectif atypique. Et le Camping 16 fait camper les internautes. Ils nous écrivent.

Depuis 2007, la scène politique est complètement dominée par les négociations communautaires. Informateurs, clarificateurs et conciliateurs ont beau se succéder, il n’y a toujours aucune percée en vue. Pendant quatre ans, nous avons été témoins de multiples échecs, chamailleries et d’une totale confusion entre les différents niveaux de pouvoirs. Personne ne sait très bien pourquoi maintenant mais ce qui est clair, c’est qu’on est dans l’impasse la plus totale, et ce dans un contexte plus alarmant que jamais. Nous, les jeunes, nous voulons en sortir. C’est pour ça que nous allons manifester.

Mais n’est-ce pas un peu facile de protester contre « l’impasse politique » ? N’est-il pas plus utile de discuter directement avec les personnalités ou les partis concernés ? Nous en doutons car nous tenons tous les politiciens qui sont ou ont été impliqués dans ces négociations pour responsables de cette situation : qu’ils soient de droite ou de gauche, Wallons ou Flamands. C’est pourquoi nous ne voulons pas en attribuer la faute à tel parti ou telle personne, mais réprouvons totalement et inconditionnellement la culture politique qui a permis à ces politiciens d’accéder au pouvoir et de s’y accrocher. C’est pour ça que nous allons manifester.

Mais l’étroitesse d’esprit qui plombe notre climat politique n’est pas le fait de nos seuls dirigeants : les médias aussi ont une lourde responsabilité. Quand nous avons lancé notre appel à manifester sur internet, certains organes de presse nous ont inlassablement posé les mêmes questions : « vous êtes des flamingants ou des belgicains ? » ou « comment vous situez-vous politiquement ? ». Nous forçant ainsi une fois de plus à nous inscrire dans la logique même que nous prétendons dénoncer. Et ils s’y prennent exactement de la même manière avec les politiciens, les électeurs et la quasi-totalité de nos concitoyens. Nous voulons nous libérer du carcan politico-communautaire que nous infligent les partis et les médias. C’est pour ça que nous allons manifester.

A cause de ce blocage politico-communautaire, nous sommes actuellement privés de gouvernement. C’est le même poing que nous dressons contre la logique du « eux ou nous », contre l’acharnement néfaste des négociateurs, et que nous abattons sur la table pour réclamer un gouvernement. Nous en avons plus qu’assez d’être « administrés » par des gouvernements d’urgence ou en affaires courantes totalement dépourvus d’une vision à long terme. C’est pour ça que nous allons manifester.

Mais sommes-nous pour autant devenus assez inquiets ou assez conservateurs, nous les jeunes, pour vouloir mettre en selle n’importe quel gouvernement ? Et à n’importe quel prix ? Les jeunes ne devraient-ils pas plutôt être ceux qui les font tomber ? Non. Notre appel n’est pas destiné à cautionner le premier gouvernement prêt à prendre n’importe quelle mesure. Et il est encore moins dicté par la crainte de sombrer dans l’instabilité politique. C’est une initiative positive fondée sur une intuition raisonnable. Nous n’exigeons rien d’autre qu’un gouvernement qui puisse rendre à tous les Belges confiance dans leur avenir, qui veille à protéger le niveau de vie de tous et qui s’emploie à dépasser les différends qui nous paralysent depuis quatre ans. C’est pourquoi nous nous élevons contre un climat politique où l’intérêt général doit être sacrifié à l’intérêt d’une seule communauté, où un seul rêve doit être abandonné au nom d’un quelconque réalisme ou dans lequel les décideurs sont pris en otages par ceux de leur propre camp. Nous voulons un gouvernement qui nous dirige en fonction de nos intérêts communs. C’est pour ça que nous allons manifester.

Nous n’avons pas de boule de cristal. Il nous est difficile de prédire si notre marche peut changer quoi que ce soit. Mais nous sommes sûrs d’une chose : le nombre de participants contribuera à donner plus de poids à nos revendications. Si nous sommes nombreux, cela ne nous rendra pas plus heureux mais notre voix portera plus loin. Nous voulons être entendus par les politiciens et qu’ils nous prennent au sérieux. Nous voulons exercer une certaine pression. C’est pour ça que nous allons manifester.

C’est une manifestation de jeunes qui se prépare, tout comme le sont ses promoteurs, mais ça n’atténue pas notre détermination. Nous n’émanons ni d’un parti ni d’une structure syndicale et ne nous réclamons d’aucune idéologie particulière. Nous sommes des jeunes qui coopérons en toute indépendance en vue de mobiliser d’ici quelques jours plus de dix mille personnes, via Facebook et à travers d’autres canaux, pour venir manifester le 23 janvier. Après avoir obtenu l’autorisation officielle de la Ville de Bruxelles, nous invitons nos concitoyens à prendre part à cette marche pacifique. Pour préserver l’esprit d’indépendance qui caractérise notre mouvement, nous prions instamment les sympathisants de n’afficher au cours de l’événement aucun signe d’appartenance politique. Flamands, Bruxellois ou Wallons, autochtones ou allochtones, hommes ou femmes, individus ou groupes, tout le monde est bienvenu. Nous marcherons côte à côte dans Bruxelles, animés par un unique objectif : doter notre nation d’une politique nouvelle et différente. C’est pour ça que nous allons manifester.

Simon Vandereecken, Alex Hermans, Thomas Royberghs, Felix De Clerck, Thomas Decreus
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