Entendons la supplique des Libyens


BAUDOUIN LOOS

lundi 21 février 2011, 06:44

Cela continue. Les révolutions tunisienne et égyptienne, comme on le pressentait, ont galvanisé les autres peuples arabes. Qui, dans le désordre et sans coordination, lèvent les uns après les autres l’étendard de la contestation pour hurler « Dégage ! » à leur tyran.

Et presque partout, on retrouve les mêmes caractéristiques proprement incroyables : pas de chefs pour mener les révoltes, même pas d’islamistes pour les enflammer au nom d’Allah ; juste des mots d’ordre simples, clairs, humains. « Plus de chaînes », « Nous voulons vivre libres », « Rendez-nous notre dignité », « Voleurs, videz vos poches et partez »…

La Libye est donc entrée à son tour dans le cœur du cyclone « Justice » . Le pouvoir, le clan Kadhafi, réagit avec toute la brutalité sanguinaire dont on le sait capable. Les morts tombent par centaines dans un huis clos des plus sinistres. Lui, en outre, risque d’utiliser des armes belges pour tirer sur les foules désarmées…

L’Occident, dans le paradigme libyen comme juste avant en Tunisie puis en Egypte, est pris en flagrant délit de complaisance complice avec le régime dictatorial. Encore une fois pour des raisons très égoïstes : le « guide » libyen, sous ses abords fantasques voire loufoques, sait faire valoir les intérêts bien comptés de chacun.

Voilà comment décrire le marché tacite conclu avec les Européens, vu de la tente de Kadhafi : « Je vous débarrasse de la menace islamiste, je vous préserve d’une immigration clandestine africaine massive ; et, vous, de votre côté, vous achetez mon pétrole, vous investissez chez moi, vous me laissez investir chez vous et, dernier détail, vous vous accommodez de mes méthodes internes sans broncher. »

L’Italien Berlusconi a signé le « deal » avec entrain. Les autres Européens ont suivi, plus discrètement et non sans un fond de mauvaise conscience vu les états de service du « partenaire »…

Le cynisme de la « realpolitik » doit pourtant avoir des limites, celles que la morale impose. A ceux qui l’auraient oublié, les Libyens sont en train de le dire, désespérément, sous les balles de leurs bourreaux. Entendrons-nous leur supplique ?

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