Les Barons ne sont pas les Arabes de service


MAKEREEL,CATHERINE

le Soir Page 36

Samedi 1er octobre 2011

Après le succès des « Barons » au cinéma, Nabil Ben Yadir passe à la scène avec « Guantanamouk ». L’occasion de faire le point sur ces artistes d’origine maghrébine qui cartonnent au théâtre.

C’est sur un ring de boxe dans une maison de jeunes de Schaerbeek que, gamins, ils se sont rencontrés. Plus tard, Nabil Ben Yadir et Mourade Zeguendi se sont retrouvés dans les rues de Molenbeek, mais sur le ring du cinéma cette fois, avec Les Barons, un film que personne n’attendait mais qui a mis K-O tous les records d’audience. L’un derrière (dans le rôle de Mounir), l’autre devant la caméra, ils ont fait un carton avec cette fresque drôle et tendre d’un quartier populaire de Bruxelles. Aujourd’hui, les deux trentenaires n’ont pas envie de déposer les gants, bien au contraire.

Avec son acolyte, le réalisateur Nabil Ben Yadir change complètement de terrain, empoignant un nouveau défi là où on l’attend encore moins qu’avant : au théâtre ! Il a coécrit et met en scène Guantanamouk, qui abordera Guantanamo bien sûr, mais aussi la question de l’identité, à travers l’histoire d’un homme qui adore les Etats-Unis et leur culture, mais atterrit à Guantanamo.

Une histoire inspirée d’une anecdote : « Je suis parti aux Etats-Unis il y a quelque temps et je me suis fait arrêter et contrôler par les services américains à l’aéroport de Miami, se souvient l’auteur et metteur en scène. Ils m’ont dit : Tiens, tu t’appelles Ben Yadir, comme Ben Laden. J’ai répondu : Je m’appelle Ben Yadir comme Ben Affleck ou Ben Stiller. J’avais envie de raconter l’histoire d’un mec amoureux de l’Amérique, sauf qu’elle ne l’aime pas, et qui va se retrouver sur une plage paradisiaque sauf que c’est une prison. C’est une pièce sur l’identité aussi, sur l’écart entre ce que vous êtes et comment les gens vous voient. »

Loin de se sentir paralysé par le succès des Barons, Nabil Ben Yadir veut éviter que ce succès ne paralyse le regard des gens. D’où ce changement de cap à 180 degrés. « Si c’est pour faire les Barons au théâtre, je préfère rester chez moi. Par contre, avec Guantanamouk, j’aimerais attirer au théâtre les jeunes de Molenbeek et tous ceux qui se sont reconnus dans les Barons mais qui n’auraient pas forcément eu l’idée d’aller au théâtre. »

Si l’artiste souhaite décomplexer une communauté face au théâtre, il n’entend pas endosser les habits de porte-parole. « Je ne suis pas là pour dénoncer ou parler des quartiers. Quand on s’appelle Mourade ou Nabil et qu’on fait une pièce de théâtre, on devient du coup un porte-parole. Pourquoi ne serait-on pas simplement un artiste ? Quand je vois Josse De Pauw sur scène, je ne vois pas un mec qui va me donner une leçon, je vois un artiste. Avec Guantanamouk, je ne veux pas parler de moi mais redonner une voix, une vie, à ces hommes, dont tout le monde se fout. Ces hommes, en position de fœtus et combinaison orange, dont l’image est entrée dans l’inconscient collectif. Ce lieu dont Obama semble soudain avoir perdu les clefs. De même, mon prochain film ne parlera pas de moi mais de la Belgique et se tournera en français et en flamand, à Anvers, Bruxelles et Charleroi. »

Quand on lui dit que ses Barons ont jeté un coup de projecteur sur d’autres artistes d’origine maghrébine qui dépeignent leur réalité au théâtre, il s’en réjouit, forcément. « Il y a un besoin d’exceller dans l’art avec des sujets qu’on maîtrise, de toucher les gens avec ce qu’on connaît. Finalement, Jamel Debbouze et Gad Elmaleh ont toujours raconté leur vie sur scène. Beaucoup de ces artistes sont autodidactes, comme moi, et n’ont pas forcément Molière ou Shakespeare comme références. Pourtant, j’adorerais voir un Ben Hamidou ou un Mohamed Ouachen jouer Hamlet. »

Lui qui fait aujourd’hui ses premiers pas dans la mise en scène, espère faire de cette virginité une force : « Je veux transformer cette naïveté en liberté pour casser les codes. J’arrive dans un monde plus fermé que le cinéma. Le théâtre fonctionne par familles, sans se mélanger. Nous, on vient jouer en français dans un théâtre flamand, avec un artiste bruxellois (Mourade Zeguendi), un artiste flamand (Zouzou Ben Chikha) et un bassiste londonien (Dr. Das du groupe Asian Dub Foundation). » Le tout dans un style qui s’annonce plutôt décalé et que l’équipe espère jouer un jour aux Etats-Unis ou à Cuba. « Les Barons vont bien à Brooklyn en décembre, alors pourquoi pas ? »

Du 5 au 14 octobre au KVS, Bruxelles. Les 31 janvier et 2 février au Manège, Mons. Aussi à Anvers et Rotterdam.

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