Entretien extraordinaire avec un Syrien libre: la vie sous le régime et la révolution


Posted: 09/25/2012

Affiches géantes, pour rappeler au peuple qui commande.

Ruth Riegler a interrogé un activiste syrien afin de mieux comprendre sa vie dans la Syrie révolutionnaire. Il apparaît sous un pseudonyme. Traduit par Eric Lamy.

R. R. : Comment décririez-vous la vie en Syrie avant la révolution, et comment définiriez-vous les causes premières de celle-ci ?

S. L. : Mon nom est Syrien Libre. Je veux que le monde sache pourquoi nous faisons la révolution contre Bashar Al Assad et son régime. Chacun sait aujourd’hui que c’est une révolution majeure, mais personne ne sait, en fait, quelles en sont les raisons profondes. Je vais vous le dire. Je veux que le monde sache comment nous vivions avant la révolution, qu’il en sache les vraies raisons. Nous vivions dans un monde où nous n’avions qu’à obéir comme des esclaves, quelque soit l’ordre du maître. Nous n’avions qu’à obéir et nous exécuter. En cas de désobéissance, nous étions punis ou exécutés.

Nous vivions dans un état de haute sécurité, ce qui signifie que nous étions gouvernés par un président unique avec ses militaires, ses services secrets, ses officiers, sa police militaire, sa police, ses indicateurs et ses shabihas [gangs armés]. Pour faire quoique ce soit, il vous fallait d’abord obtenir une autorisation et vérifier que la loi vous permettait d’agir ou non ; ce qui signifie que vous n’aviez aucun droit d’agir de vous-même et que vous auriez à affronter des obstacles si vous persistiez. Seuls les tenants du pouvoir pouvaient vivre librement et en dehors des lois. Ils pouvaient agir en toute liberté sans rien demander à personne, tout en contrôlant chaque quartier, y compris le système politique, le secteur industriel du pétrole et du gaz, l’économie du pays, les banques, le commerce, l’armée, l’agriculture et l ‘éducation. Dans les faits, ils se considéraient comme des dieux.

C’est Hafez (et ensuite Bashar) qui ont permis à Israël d’occuper militairement les Hauteurs du Golan.

Nous avons vécu sous ce régime qui prétend être anti-sioniste, mais c’est, en fait, un autre mensonge : il n’a jamais tiré un coup de feu contre Israël et il a maintenu la paix dans les Hauteurs du Golan, interdisant à tout syrien d’attaquer l’État Juif ou de réclamer ce territoire annexé. Tout homme qui l’aurait osé eût été jeté en prison, puni et probablement exécuté. Nous vivions comme des esclaves, sans aucun droit. Nous n’avions pas celui de choisir un candidat au poste de président ou d’organiser des élections libres, de créer des partis politiques ou de choisir des députés, d’élire un parlement. Seuls Assad et ses services secrets pouvaient choisir des députés, et leurs choix allaient invariablement vers les plus corrompus, les plus dénués de moralité ou de conscience. Si vous vous opposiez à la moindre de leurs actions, vous étiez jetés en prison. Ils faisaient de vous ce qu’ils voulaient parce que vous n’étiez rien. Les gens avaient peur de s’opposer, d’être en désaccord avec le régime ou avec quelqu’un qui fût proche des services secrets : les Syriens ont appris à courber l’échine et à se taire. Si vous osiez maudire Bashar, les hommes du régime venaient vous saisir où que vous soyiez pour vous embarquer à l’antenne locale des services secrets. Personne ne savait où vous étiez passé, personne n’osait s’en informer ou même prononcer votre nom. Si jamais vous vouliez créer un mouvement politique, ils agissaient de même : en Syrie, il n’y avait qu’un seul parti, et tous les syriens étaient obligés d’y adhérer. Au cas où vous aviez l’intention d’échapper au service militaire obligatoire, vous étiez jeté en prison pour au moins trois mois, puis forcé de servir quand même.. S’il vous arrivait de mourir pendant votre incarcération dans les geôles des services secrets, personne n’aurait cherché à savoir comment et pourquoi. Personne, évidemment, n’aurait pu être tenu responsable de votre mort car la constitution syrienne garantit au président, à ses services secrets, ses militaires et ses collaborateurs une immunité totale. Les syriens étaient traités comme des insectes qu’on écrase sous une botte. Leur vie importait peu.

L’article en entier ici

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s