Extrait du compte twitter du premier ministrte israélien
Les batailles israélo-palestiniennes ne sont jamais uniquement militaires mais également médiatiques. La propagande, la hasbara, en hébreu, fait l’objet depuis longtemps d’un soin particulier de la part des autorités israéliennes qui procèdent généralement par une « politique de l’offre », la mise à disposition de la presse nationale et internationale d’une kyrielle d’experts militaires, de chercheurs, y compris via des reportages clé en main, dans le but de faire passer les éléments de langage israéliens. Les institutions gouvernementales (armée, ministère des affaires étrangères, qui a ouvert l’onglet Israel under Fire qui décrit un pays attaqué, ou compte twitter du premier ministre Benyamin Nétanyahou) et non gouvernementales (par exemple The Israel Project, qui reprend exactement la même thématique) sont alors en première ligne. Chaque expérience fait ensuite l’objet d’un retour critique (lire cet article du Haaretz sur l’analyse des ratées de l’offensive de 2008-2009 et de l’assaut contre le Navi Marmara).
La nouveauté de la campagne en cours tient à deux éléments. Le premier, le plus spectaculaire, est le recours à la virtuosité numérique avec le suivi, presque en temps réel, de l’assassinat de Ahmed Jabari via Twitter. Le second, plus stratégique est « l’humanisation » de l’opération israélienne avec l’accent mis sur les souffrances israéliennes pour contrecarrer le cliché des fantassins lourdement armés, des blindés et des avions de guerre opposés à un peuple de civils vivant dans le dénuement, alors que les groupes armés palestiniens disposent désormais, grâce à la « zone grise » qu’est devenu le Sinaï, de matériels bien plus meurtriers que par le passé.
Quel impact cette guerre médiatique peut-elle avoir réellement? Outre le fait qu’elle reste à la merci de la moindre bavure immédiatement répercutée (on se souvient à cet égard de la mort quasiment en direct à la télévision israélienne des trois filles du médecin palestinien Ezzedine Aboulaïch en janvier 2009), cette guerre se heurte au profond clivage que génère le conflit israélo-palestinien, l’une des rares questions internationales pour laquelle il existe des opinions très tranchées. On le voit en France où chaque accès de violence resserre les rangs des « pro » et des « anti » (lire la note consacré au livre de Marc Hecker) et où la hasabara ne prêche guère que les convertis.
À propos de Gilles Paris
Le conflit qui oppose Israéliens et Palestinien est au coeur des crises qui secouent le Proche et le Moyen Orient. Considéré comme central par les diplomates et les analystes, il est sans doute l’un des plus suivis par la presse internationale. Cette surmédiatisation, paradoxalement, constitue souvent un obstacle à sa compréhension. Les informations égrénées sur la situation à Gaza, comme en Cisjordanie, les raids, attaques et représailles masquent les processus politiques en cours, leurs enjeux, leurs succès comme leurs échecs. En décryptant régulièrement une actualité éclairée par les documents de références, qu’il s’agisse des textes, des portraits des principaux acteurs ou des dates clefs, Guerre ou paix se propose de rendre cette actualité plus lisible. Il vous permet de vous exprimer sur le Forum du Monde.fr consacré au Proche Orient.

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